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Boumerdès nous a rapprochés !Salah Benlabed (*)
Nous arrivions en ordre dispersé, en désordre intérieur. Nous sommes arrivés en terre étrangère, avec nos peurs, nos confrontations, nos idées toutes faites. Nous étions perdus…
Nous nous regardions avec crainte, suspicion, avec la haine et les idées arrêtées ; des idées noires, toutes faites, taillées grossièrement au marteau piqueur des destructeurs, ciselés au burin des bourrins, aux mensonges des calculateurs. Nous avions des qualificatifs pressés et des classifications de collectionneurs : communistes, islamistes, berbéristes, démocrates, khobzistes, hazb frança, et j’en laisse pour le soir de mes cauchemars. Pour ne pas oublier ! Bien sûr, il y avait de quoi : le désarroi, les pertes, les regrets, la mauvaise conscience. Nos bagages étaient si chargés : les parents abandonnés, les amis trahis ou assassinés… et la haine, cette haine aveuglante, démoniaque !… La Fitna qu’ils disaient ! Aucune des associations que nous avons tentées le lundi ne voyaient la fin de semaine et nous soupçonnions celles qui vivaient encore à la fin du mois… Notre nationalisme était aigre-doux et nos méfiances aiguisées. Nous nous jugions en procureurs ! Oh, bien sûr, il y avait la Main, la manipulation, et des milliers de raisons instillées en nous pour nous garder dispersés. Suivez mon regard même s’il m’est pénible de regarder en arrière… Le CCA n’a pas échappé à mon regard prédisposé au jugement sans appel… Mais nous, algériens, sommes des électrons qui ne se rencontrent que dans l’adversité et la catastrophe : Boumerdès nous a rapprochés. Nous avons enfin, ici, oublié nos contradictions, découvert qu'elles n'étaient pas si graves, qu'elles n'en étaient pas; ces contradictions maintenant étrangement dépassées par le Grand Pardon. Nous avons réveillé en nous la vieille solidarité traditionnelle; effacé pour le temps de la réparation, toutes nos répulsions. Peut-être avons-nous appris, au contact des gens du lieu et du voisinage des communautés si étrangères les unes aux autres, à vivre ensemble ? L’exil, ses tourments partagés et l’éloignement des falsificateurs ont-ils étés pour quelque chose ? L’âge et l’adversité rendent-elles plus sage, plus perspicace ? Je ne saurais dire ce qui explique ces rapprochements, mais le fait est que nous avons levé, comme un drapeau commun, le rideau que l’on avait tendu entre nous… Aujourd’hui, j’ai du respect pour toute avancée, pour toute action même simplement tentée, pour tout espoir mis en avant. Et Dieu sait que le CCA a fait en ce sens ! Il nous a réconciliés ; avec nous-mêmes aussi. Aujourd’hui, je sais que l’on n’avance pas seul quand on est aveuglé ! Je sais que la main tendue fait deux mains et que deux font mieux qu’une et que le CCA a été et demeure un grand lieu de rassemblement, de rapprochement... Aujourd’hui, il est une vitrine importante de notre communauté et je prie pour que nous laissions cette vitrine propre.
(*) Salah Benlabed a enseigné l'architecture à l'Université d'Alger. Installé à Montréal depuis 1994. Il est également auteur et écrivain. Plusieurs de ses textes ont été publiés dans les revues Virages et Conjonctures.
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