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Hommage aux bénévoles : L’équipe du CCA de Montréal n’est pas en reste Saïd ALMI (*)
Où que nous soyons, soyons solidaires. Il y va de notre algérianité : bonté et générosité. Trop peu au fait des activités que j’imagine cependant sans nombre et du dévouement exemplaire des membres du CCA en faveur de notre communauté au Canada, j’en parlerais difficilement. En revanche, j’évoquerais volontiers ceux d’une association en faveur, sans discrimination aucune, des sans abri dans le 14è arrondissement de Paris, mon port d’attache. Et là aussi, nous comptons bien des compatriotes dans le besoin. Le texte qui suit est la reprise d’une contribution au débat public mis en ligne le 20 janvier 2006 sur paris14.info sous le titre : Un exemple à méditer : l’association « Pension de famille à Bauer-Thermopyles-Plaisance » (Paris 14è)
«Si nous voulons sauvegarder la nature, commençons par protéger les êtres humains : ils font partie de la biodiversité ». Wangari Muta Maathai (Prix Nobel de la Paix 2004). Courrier de l’Unesco, décembre. 1999.
En matière d’énergie, les qualificatifs sont, à la mesure des débats en la matière aujourd’hui, légion : fossiles, nucléaires, renouvelables (végétale, solaire, géothermique, hydraulique, éolienne…). Etymologiquement, le mot énergie (du grec energeia) désigne une « force en action », (energein : agir, lui-même dérivé de ergon : travail). Or, par un curieux détournement de sens, à l’action, force ou mouvement qu’elle dénote, la notion désigne de mieux en mieux les « matières »-sources, premières ou transformées, elles-mêmes. Cette conception moderne de l’énergie est récente. Elle date du milieu du XIXè siècle. Avec le développement de la physique moderne, la frontière entre matière et énergie est abolie ; tout est énergie. Dans le milieu rural, il est aujourd’hui, dans l’ordre de la promotion des énergies dites renouvelables, question d’énergie animale (traction, portage…). Mais en ville ? Creuset de coexistences et de rencontres, l’espace urbain favorise la production et la circulation d’un autre type d’énergie : l’énergie humaine. Endogène parce qu’étroitement lié à la vie urbaine, le travail dit « social » en faveur des plus démunis en est précisément une. L’action de l’association Pension de famille à Bauer-Thermopyles-Plaisance dans le 14è arrondissement de Paris, nous en offre une illustration d’autant plus significative qu’elle s’inscrit dans le registre du bénévolat. Créée en novembre 2003, Pension de famille œuvre actuellement, non sans difficultés de toutes sortes, à la réalisation dans le quartier Pernety-Plaisance d’un immeuble d’ «habitat alternatif » pour les plus défavorisés. Certes, une cinquantaine de structures ayant un statut juridique analogue, qui est celui de « maison-relais », existent déjà à travers la France, mais leur création relève à chaque fois du parcours du combattant. Confrontés à une logique implacable d’aménagement urbain, dissuasive envers les plus démunis - fermeture progressive des espaces communs par la généralisation des digicodes, développement de la vidéosurveillance … (1) ces derniers disposent de moins en moins d’espaces interstitiels, (« espaces du possible » dirait le paysagiste Gilles Clément), susceptibles de leur servir de refuge. Consciente de cette réalité critique, Pension de famille se mobilise. Elle cherche à protéger les exclus en récusant les solutions provisoires et en s’employant à réunir toutes les conditions susceptibles de conférer à son projet un caractère « durable », dans le double sens du terme. Car, synthèse entre la protection de l'environnement et le bien-être économique et social des peuples, le « développement durable », autre étendard à la mode, est pris ici à la lettre. Le projet architectural lui-même autant que son insertion dans le tissu urbain du quartier observent un grand souci de mixité et d’autonomie à la fois tout en veillant aux règles fondamentales de l’écologie. L’action de l’association est d’autant plus courageuse qu’elle est risquée : la loi punit en effet sévèrement toute personne venant en aide à des étrangers en situation irrégulière (Article 21 de l'ordonnance du 2 novembre 1945, toujours en vigueur). Or, au sein de la population visée, il est souvent quelques individus ou familles en situation administrative incertaine. A la philanthropie il est généralement reproché une certaine confusion entre aide et contrôle social. A Pension de famille, il n’en est précisément rien. Dans cette association se côtoient des « militants » et des bénévoles de toutes confessions, convictions et origines et de tout âge. Qu’importent en effet les considérations à caractère idéologique devant l’urgence et la gravité de la situation ? (2) Bien mieux, au-delà de son intervention ciblée sur l’immeuble en question, Pension de famille tente au travers d’une autre association (Udé, Urbanisme et démocratie 14ème) dont elle est issue, de créer un climat favorable au développement d’une solidarité de quartier qui tranche avec l’égoïsme et le repli sur soi, caractéristiques de la vie urbaine contemporaine dont les « gated communities » constituent la quintessence dans la périphérie de certaines villes. Bref, l’action de Pension de famille est digne d’intérêt et de considération. C’est pourquoi son exemple nourrira vraisemblablement les discussions d’un colloque organisé par la revue Urbanissimo et prévu pour le mois de mai prochain au Centre de l’Université de Chicago (Paris 13è) autour d’un ouvrage paru récemment (3). Car la rencontre abordera des questions aussi controversées que celles de l’exclusion ou marginalisation économique et sociale en milieu urbain, les solidarités naissantes, institutionnelles ou improvisées, et le retrait de certaines couches de la population et leur repli sur l’entre-soi. Elle rassemblera, élus, praticiens, chercheurs, travailleurs sociaux, bénévoles, militants et étudiants sensibles à la question de la précarité urbaine et ses conséquences d’une part, et au développement de l’individuation et son cortège de systèmes d’exclusion : multiplication d’interphones et de digicodes, de vidéo-surveillance… d’autre part. En effet, si parmi les observateurs aujourd’hui les uns s’attachent à la démonstration de l’inanité de certains préjugés ou critiques à l’égard de l’habitat pavillonnaire en périphéries urbaines, d’autres, au contraire, dénoncent les modes ségrégatifs d’organisation dissuasive et sécuritaire des espaces urbains ou pointent les injustices sociales inhérentes au libéralisme triomphant. A un moment où il est plus que jamais question de brassage social, de mixité urbaine et de solidarité, et où l’étalement du tissu urbain prend une dimension sans précédent, nous assistons, impuissants, à une décomposition-recomposition sociale et spatiale que nous révèlent deux indicateurs flagrants : la précarité et l’individuation, si marquées qu’elles convoquent des pendants : réseaux d’entraide et de sociabilité dans les quartiers. C’est toute cette dualité, ou ambivalence, caractéristique des « villes » aujourd’hui qui sera débattue sans concession.
(*) Saïd ALMI est Urbaniste. Il est aussi membre de l’Association Pension de Famille, Paris XIV.
(1) Cf. Daniel Terrolle « La ville dissuasive : l’envers de la solidarité avec les SDF », in : Espaces et sociétés, n° 116-117, 2004. (2) Cf. Michel Falise : Combattre les exclusions. Aux sources de nos engagements, (Lyon, Ed. Chronique Sociale), 2004. (3) Eric Charmes : La vie périurbaine face à la menace des gated communities, (Paris, L’Harmattan), 2005.
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